Les rues des villes camerounaises, souvent synonymes de difficultés et de précarité, peuvent aussi être le théâtre de belles histoires de résilience et de transformation. Illustration avec le projet d’initiation des enfants de la rue à l’informatique, que met en œuvre l’Association Emergence Sans Frontière (AESF) dans la ville de Yaoundé
Dans de nombreux quartiers, l’accès à l’informatique reste un privilège, un obstacle pour les jeunes en difficultés. Sans compétence numérique, il devient de plus en plus difficile de s’intégrer dans la société, de trouver un emploi, ou même de communiquer avec le monde extérieur. Ce manque d’accès crée un fossé numérique, une fracture sociale qui peut aggraver la situation de ces jeunes. L’initiation à l’informatique vise donc, selon le président de l’Association Emergence Sans Frontière, à « réduire cette fracture numérique, à donner à ces jeunes des compétences pratiques, mais aussi à les préparer à une meilleure insertion sociale et professionnelle », justifie Bertrand Mvondo.
C’est plus de 500 ordinateurs qui sont mis à disposition, par les moyens propres des membres résidant au Cameroun et de la Diaspora, ainsi qu’un espace de formation sécurisé et adapté, du matériel pédagogique simplifié et par ailleurs, un budget minimum pour couvrir les dépenses. Un mouvement de bénévoles qui se mobilisent pour un seul objectif, donner des outils nécessaires pour naviguer sur Internet, utiliser des logiciels de base, créer des documents, voire découvrir des métiers liés à l’informatique.
« Les formateurs sont issus de l’équipe d’experts de l’AESF, dont des formateurs en informatique ayant déjà conduit le Programme Formation Jeune (PFJ), des éducateurs sociaux et des psychologues volontaires qui accompagnent les enfants dans leur adaptation, la motivation et le suivi psychosocial », rassure le président.

Au-delà des compétences techniques, l’initiation à l’informatique a des effets positifs sur le moral et la confiance en soi de ces jeunes vulnérables. Ils apprennent à travailler en équipe, à résoudre des problèmes, à développer leur créativité. Ces formations sont aussi un moyen de les sortir de l’isolement, et de les reconnecter avec la société.
« A l’issue de la formation, les jeunes recevront une attestation de participation qui valorisera leur apprentissage. Ils seront aussi orientés vers des centres de formation professionnelle partenaires, selon leurs aspirations. Un système de mentorat sera également mis en place, afin de les accompagner dans leur réinsertion sociale et d’éviter qu’ils retournent dans la rue. L’AESF développera aussi des ateliers générateurs de revenus tels que le recyclage, l’artisanat, les petits métiers), où certains pourront être intégrés », signale Bertrand Mvondo.

L’informatique n’est pas seulement un outil, c’est aussi un levier d’insertion sociale. En donnant accès à l’informatique aux jeunes de la rue, l’AESF leur offre une chance de se reconstruire, de rêver d’un meilleur avenir et de participer pleinement à la vie de la cité. C’est un investissement dans leur avenir et dans celui de la société.
Marie Judith Ndongo









