Dans un monde où l’image circule plus vite que la parole, même les institutions les plus enracinées dans la tradition ne peuvent plus se passer d’un outil devenu indispensable : la communication structurée et stratégique. A ce titre, la récente création et l’opérationnalisation d’une cellule de communication au sein de la chefferie traditionnelle de Bon’ébél’ankon à Douala dans le département du Wouri, région du Littoral, est une avancée salutaire et emblématique d’une nouvelle ère, sous l’impulsion de Sa Majesté Dipoko Dooh Rodrigue
Longtemps perçus comme des bastions de sagesse silencieuse, les chefferies traditionnelles se retrouvent aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre la préservation de leurs valeurs ancestrales et l’obligation de s’adapter à une société connectée, elles n’ont d’autre choix que d’investir les canaux modernes pour exister, s’expliquer et rayonner.
Donner la parole à la tradition
Loin d’un gadget de modernité, la cellule de communication vient pour la chefferie de Bon’ébél’ankon répondre à un besoin profond : rapprocher les fils et filles du village, du terroir et de la Diaspora. La mission est donc bien définie. Il s’agit d’informer, de sensibiliser et de promouvoir les actions de la chefferie. La Cellcom est non seulement le lien entre l’institution traditionnelle et ses communautés, mais aussi un instrument de modernisation. Trop de malentendus naissent d’un déficit d’information, de fausses rumeurs, ou d’interprétations erronées de décisions coutumières. Un message clair, bien formulé et diffusé au bon moment peut éviter des crises, apaiser des tensions et renforcer la légitimité de l’autorité traditionnelle.

Une voix dans l’espace public
La communication est une arme douce mais puissante pour valoriser le patrimoine culturel, défendre la place des chefferies dans les débats sociétaux, et revendiquer leur rôle dans le développement local. Par la voix de cette cellule, Bon’ébél’ankon peut désormais publier des communiqués officiels, organiser des conférences de presse, gérer une présence sur les réseaux sociaux et documenter ses activités.
C’est aussi un outil de diplomatie. Dans les échanges avec d’autres chefferies, les autorités administratives ou les partenaires au développement en effet, une communication maîtrisée est synonyme de crédibilité.
Toujours dans la dynamique de modernisation de sa chefferie, Sa Majesté Dipoko Dooh Rodrigue envisage très prochainement la création d’un Comité économique et social

Une équipe, une mission
Constituée il y’a deux mois déjà, la cellule de communication de Bon’ébél’ankon est à la fois un vivier de talents locaux et un outil de renforcement du leadership du chef. Leur mission ne se limite cependant pas à relayer l’agenda du trône, mais s’étend à la pédagogie, à la médiation culturelle et à la mémoire collective à travers la production de contenus sur l’histoire du village, les rites, les figures emblématiques de la chefferie, entre autres.

Tradition et modernité ne sont pas incompatibles
Certains pourraient voir d’un œil sceptique cette professionnalisation de la parole coutumière. Mais il faut rappeler que la parole du chef a toujours été pesée, mesurée, transmise avec soin, autrefois par le griot ou le messager. Aujourd’hui on utilise le micro, la caméra ou le smartphone. Ce qui change ce n’est pas l’essence du message, mais la manière de le porter.
La cellule de communication d’une chefferie n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Un pont entre le passé et le présent, entre la sagesse d’hier et les attentes d’aujourd’hui. Et si finalement la modernité était aussi un moyen de mieux protéger la tradition ?
Marie Judith Ndongo









