Elle glisse sur les trottoirs, tape doucement contre les obstacles, se lève parfois dans un geste d’alerte. La canne blanche fait partie de notre paysage urbain, mais reste hélas mal comprise. Trop souvent perçue comme un simple accessoire de marche, elle est en réalité un outil de liberté, de sécurité et un signal fort. Pourtant son rôle reste encore largement méconnu.
Pour les personnes aveugles et malvoyantes, la canne n’est pas qu’un repère physique. Elle est le prolongement du corps, un moyen de percevoir le monde, d’interagir avec l’environnement, de se déplacer de manière autonome. Mais elle est aussi un code visuel adressé à tous. Un appel silencieux à la vigilance, à la bienveillance et au respect. Mais combien savent vraiment ce que signifie une canne blanche levée à un passage piéton ? Combien ralentissent ? Combien tendent l’oreille plutôt que de lever les yeux ? Trop souvent, l’ignorance provoque l’indifférence, voire le danger. Cette méconnaissance ne relève cependant pas seulement d’information, mais d’un défaut de sensibilisation.
Sensibiliser donc sur l’interprétation de l’usage de la canne blanche est tout le sens de l’atelier qui vient de se tenir à l’initiative de Coco Bertin, Directeur général du CJARC.
« La canne blanche a un code qui n’est pas suffisamment connu dans notre société. Il est important de sensibiliser les usagers de la route sur le langage de la canne blanche », relève-t-il.

Cet évènement organisé avec beaucoup d’énergie aura laissé une empreinte durable, dans les gestes, dans les consciences. Car désormais, les participants ne verront plus la canne blanche comme un simple bâton, mais comme le prolongement d’un combat pour l’autonomie et la dignité. Jean Vidal Nji, représentant d’un syndicat de transporteurs, dira d’ailleurs son ignorance du bien-fondé de la canne blanche avant l’activité.
« Avant cette activité, nous ne savions même pas ce qu’on entend par canne blanche. C’est pourquoi je profite de l’opportunité que vous m’offrez pour féliciter le promoteur du CJARC et le rassurer qu’à partir d’ici, nous allons intégrer la notion de canne blanche dans la conscience professionnelle des conducteurs », signale-t-il.
Et surtout, ils se souviendront que derrière chaque canne, il y’a une personne. Souvent, un jeune, debout, fier, et prêt à guider le monde vers un peu plus de compréhension. Etre conscient de cette réalité n’est pas une faveur accordée à la personne malvoyante, mais c’est respecter la sécurité routière des personnes déficientes visuelles et l’accessibilité. Des droits fondamentaux, comme l’a souligné le représentant de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun, aux travaux.
« Pour que ces droits soient garantis, il va falloir que les personnes handicapées visuelles, qui émettent des signes à travers leurs cannes soient comprises dans la société », dira Carlos Fokem.

Comprendre cela, c’est déjà commencer à mieux partager l’espace public. Car la véritable accessibilité commence par le regard que l’on porte sur l’autre.
Marie Judith Ndongo










