Chaque semaine, lorsque revient la journée communale de propreté, certains quartiers hésitent, d’autres oublient mais pas Nkomkana B. C’est presqu’un réflexe, une sorte de rendez-vous gravé dans la mémoire collective. Dès les premières heures du matin, les ruelles s’animent d’un murmure inhabituel, celui des balais qui se rassemblent, des voisins qui se saluent, des enfants qui trottinent derrière leurs parents, impatients de participer
A croire que la journée n’a même pas besoin d’être annoncée, le quartier, lui, s’en souvient. Et il répond présent.
On voit sortir les seaux, les gants, les bêches, mais aussi les vieux sourires qui n’ont pas toujours le temps de s’échanger en semaine. Les groupes se forment naturellement. Certains dégagent les caniveaux, tandis que les plus méticuleux récoltent les petits déchets que tout le monde ignore au quotidien. Même les plus réticents de d’habitude finissent par prêter main-forte, entraînés par l’enthousiasme général.

Au fil des heures, quelque chose change. Le quartier devient plus propre, oui. Mais surtout, il devient plus vivant. Les voisins se redécouvrent, les enfants apprennent par le geste, et chacun se rappelle que la propreté n’est pas seulement l’affaire de la commune, c’est aussi celle de ceux qui vivent là, respirent là, rêvent là.

A la fin des travaux, les rues ont l’air plus larges, les façades plus lumineuses. Et dans l’air flotte une petite fierté, discrète mais tenace, celle d’avoir, encore une fois, répondu à l’appel. Celle d’avoir contribué à garder le cadre de vie agréable. Celle, surtout, de s’être sentis communauté, ne serait-ce qu’un jour. Car ici, la propreté n’est pas une habitude imposée, c’est un engagement partagé.
Marie Judith Ndongo









