Dans le cadre de la campagne internationale « 16 jours d’activisme contre les violences à l’égard des femmes et des filles », une voix forte et engagée se lève une fois de plus pour briser le silence autour d’un fléau trop longtemps minimisé : les violences basées sur le genre. La présidente fondatrice de l’Association Un Geste pour mon Prochain présente un plaidoyer percutant sur cette réalité souvent ignorée au sein des communautés, lors d’un café de presse organisé le 26 Novembre 2025 par ONU Femmes, en collaboration avec le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN Cameroun)
Selon Régine Ndjiki Botol, les VBG demeurent l’un des obstacles majeurs à l’épanouissement des femmes et des filles, car se manifestent sous des formes multiples (physiques, psychologiques, économiques, sexuelles), et s’enracinent dans des normes sociales néfastes, encore trop tolérées.
« Les VBG dans les communautés trouvent leurs sources dans les règles préétablies dans les traditions, les cultures et les interprétations erronées des textes religieux. Dans ces milieux, la gestion familiale, administrative et même religieuse est exclusive aux hommes. Les filles et les femmes n’ont pas accès au leadership et sont souvent sous-représentées dans des postes de responsabilités communautaires ». Ainsi présente-t-elle la situation.
Au fil de son intervention, elle souligne que les violences, loin d’être des faits isolés, constituent un phénomène structurel, silencieux mais omniprésent. Les victimes, souvent réduites au silence par la peur, ne bénéficient que rarement de la protection ou de l’écoute nécessaire pour sortir du cycle de violence.
La présidente rappelle la nécessité urgente d’une action collective.
« Eduquer. Il faut informer les communautés sur la question des VBG. La sensibilisation sur les causes et les conséquences dans la vie des êtres doit être faite au sein des chefferies traditionnelles, des chefferies de quartier et au sein des communautés de foi, notamment églises et mosquées. Renforcer les capacités des leaders traditionnels et religieux. Des systèmes de prévention doivent être mis en place dans les communautés. Recenser les victimes, leur accorder des soins médicaux et les référencer. Il faut que l »Etat, les OSC et les ONG mutualisent davantage leurs forces pour intensifier la lutte, pour l’épanouissement des minorités, des femmes et des filles, qui en sont les premières victimes », propose-t-elle.

Des avancées au sein des communautés religieuses
La lutte contre les VBG ne doit pas seulement s’opérer dans les sphères institutionnelles ou médiatiques. Elle doit s’ancrer dans les espaces de cohésion sociale les plus influents, à savoir les communautés religieuses. Sur ce point, Régine Ndjiki Botol se veut rassurante et optimiste en évoquant des avancées notables, notamment grâce à une vaste campagne de lutte contre ce fléau, lancée par la Conférence des Eglises de Toute l’Afrique (CETA). Un programme auquel elle a personnellement et activement participé.
« J’ai particulièrement rédigé le projet « Leadership féminin, justice sociale et lutte contre les féminicides, une VBG ». Ce projet a été financé par la CETA et dans sa mise en œuvre, les experts des questions VBG du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille ont formé des jeunes Points Focaux Protestants de nos églises. Nous sommes engagés depuis Décembre 2024 dans une vaste campagne de sensibilisation à travers des émissions de radio et de télévision à Yaoundé. La sensibilisation de masse par les affiches est en cours et nous pensons que le message passe bien au niveau des communautés religieuses avec lesquelles nous sommes en train de travailler », révèle-t-elle.

La présidente fondatrice de l’AGESPRO insiste sur la nécessité de poursuivre cet engagement, car les avancées observées restent fragiles face au poids des traditions patriarcales. En ce temps d’activisme mondial, son message résonne comme un appel à l’action durable. Reconnaitre les VBG, les dénoncer, accompagner les survivantes et surtout, transformer les mentalités. Une lutte de longue haleine, mais essentielle pour éradiquer un fléau trop longtemps ignoré.
Marie Judith Ndongo











