Le Règlement européen sur la déforestation importée (RDUE) est cette nouvelle réglementation de l’Union Européenne, qui impose de nouvelles exigences strictes aux entreprises qui importent ou exportent des produits de base clés vers et depuis l’Union Européenne. L’outil bien reçu par des acteurs de la société civile et des représentants des producteurs fait l’objet de réflexions organisées par le Centre pour l’environnement et le développement (CED) et ses partenaires, les ONG Fern et earth Sight. Objectif ? S’approprier les textes et favoriser sa mise en œuvre dans le pays, pour la préservation des droits des communautés et des peuples autochtones
Pays à la biodiversité exceptionnelle, le Cameroun est confronté à une exploitation forestière intensive, souvent illégale, qui menace ses écosystèmes et ses communautés. L’agriculture est un secteur clé de l’économie, qui génère 80% de la contribution du secteur primaire au PIB, et contribue à un tiers des revenus en devises. Principal acheteur de produits agricoles camerounais, notamment le cacao, le café, le palmier à huile, le caoutchouc, le bois, le soja, l’hévéa et les bovins, l’Union Européenne est cependant préoccupée par l’exportation par le Cameroun, des produits issus de la déforestation. Des chiffres du ministère de l’agriculture et du développement rural (Minader) révèlent qu’en 2019, 7.5 millions d‘hectares de terre étaient plantées, et des prévisions font état de ce que 10 après, l’espace planté s’élèvera à 10.5 Millions d’hectares. En faisant le point des différentes affectations de terres par l’Etat, on se rend compte que 80% des terres sont affectés. Les concessions forestières sont vides, et les aires protégées menacées. A la découverte de ces données, Dr Samuel Nguiffo, Secrétaire exécutif du Centre pour l’environnement et le développement (CED) s’inquiète.
« La chose à considérer relativement à ces chiffres est que pour beaucoup de cultures, il faut doubler les superficies ainsi que la production. Le cacao, le palmier à huile, l’hévéa sont des productions ciblées, dont une partie ou la totalité est destinée à l’exportation. Et c’est exactement à ce moment-là que l’Union Européenne a décidé de ce que si ces produits sont issus de la déforestation, ils ne seraient désormais plus commercialisés sur son territoire. Il y’a donc de quoi s’inquiéter et initier des discussions », signale-t-il.
Entrée en vigueur le 29 Juin 2023, le RDUE vise donc à interdire la mise sur le marché européen, ainsi que l’exploitation depuis l’UE, de produits liés à la déforestation ou à la dégradation des forêts après le 31 Décembre 2020, date de la prise décision.
Sensibiliser pour protéger
Selon ses textes, si une entreprise ne se conforme au Règlement, elle risque des sanctions sévères, notamment des amendes d’importation, la saisie de ses produits, voire une exclusion temporaire du marché de l’UE. Pour prévenir de tels désagréments, et surtout protéger le petit producteur, le CED initie des séances d’échanges avec les acteurs majeurs, à l’effet de les sensibiliser davantage. Parmi eux, des organisations de la société civile.
« Lorsqu’on analyse le RDUE, il y’a deux catégories d’acteurs à savoir ceux qui ont besoin d’aide et ceux qui peuvent apporter cette aide. La société civile fait partie de cette deuxième catégorie. Pour mener des actions qui impactent il faut capaciter ces acteurs clé, et si on les amène à comprendre que le RDUE comporte des leviers qui peuvent leur permettre de transformer la société, on pourra mener des actions transformatrices au niveau des petits producteurs, mais aussi des communautés locales et des peuples autochtones », explique Christian Ngoubè, Assistant de recherches RDUE au CED.
Deux activités permettent donc d’améliorer la compréhension des Osc et des leaders communautaires sur le potentiel du RDUE. Il s’agit d’un webinaire et d’un atelier tenus respectivement le 10 et du 17 au 18 Juillet 2025 à Yaoundé et à Kribi. Des assises organisées en partenariat avec les ONG Fern et Earth Sight.
« Il est urgent que les petits producteurs soient informés et impliqués de manière active dans le développement du système de traçabilité. A cause de l’augmentation du prix du cacao, on observe une grande ruée vers cette filière, ce qui fait conclure à l’ouverture à de nouvelles plantations, conséquence d’une déforestation. Donc, si le petit producteur n’est pas informé, il risquerait de perdre gros. L’informer le plus tôt et discuter de possibles alternatives est le mieux. La société civile est alors bien placée pour expliquer le Règlement dans les détails », indique Indra Van Gisbergen, Responsable de la campagne Forêts et développement chez Fern.

L’élaboration d’un plaidoyer est en cours, dans l’intention non seulement de préserver les droits des communautés, mais aussi de protéger l’écosystème.
Marie Judith Ndongo










