La Centre Culturel Camerounais (CCC) a récemment accueilli « Djabama Land », une pièce audacieuse qui explore la complexité des migrations, la restitution des artéfacts africains, et le dialogue entre l’Afrique et l’Europe, à travers le prisme d’une terre d’accueil. Une représentation de l’association Avant-scène et de Nyanga Roots, dans le cadre de leur rentrée culturelle et artistique
Conçue et mise en scène par Stéphane Tchonang, la pièce suit les parcours de plusieurs personnages : migrants, conservateurs de musée, et habitants des villes camerounaises, africains et européennes, confrontés aux défis de l’accueil. Sur scène, les récits intimes s’entremêlent avec des extraits de témoignages contemporains qui dévoilent les traces invisibles laissées par la colonisation et les flux migratoires.

L’un des moments forts de la représentation est la scène symbolique de la restitution des objets d’art africains. La pièce ouvre ainsi une réflexion nécessaire sur la justice culturelle et les liens à reconstruire entre continents.
« Au départ on voulait juste travailler sur la vie des européens au Cameroun, et la vie des camerounais et africains en Europe. Mais aujourd’hui on a axé le travail sur le retour des artéfacts, des objets qui, involontairement se retrouvent en Europe. On a fait un discours artistique dessus, pour contribuer à cette problématique du retour de ces objets dans leurs localités originaires. C’est ça qui nous a animés. Cependant, donner vie aux artéfacts n’est pas évident. Nous avons donc opté pour une approche qui consiste à les faire bouger sur scène, et c’est un travail de recherche. On s’est inspiré par exemple du rituel Ekamba dans la région du Sud. C’est une philosophie artistique qui m’a beaucoup inspiré et j’ai proposé cette démarche aux acteurs et cela a donné ce que nous avons vu ce soir. On a vu des scènes qui nous rappellent l’histoire de 1884 à Douala, une évolution après les guerres, l’action française, entre autres. On a essayé de visiter l’histoire dans un musée européen, dans un cadre réservé aux artéfacts africains », précise Stéphane Tchonang.

Liberté, coûte que coûte
Egalement au cœur du spectacle, un fil rouge : celui de la liberté de la femme. Liberté de penser, de croire ou de ne pas croire. Liberté de partir ou de rester. Mais la pièce ne tombe jamais dans la victimisation. Elle montre des femmes fortes, debout, résilientes. Et surtout, elle rappelle que l’émancipation ne se joue pas qu’au niveau personnel, c’est une affaire de regard collectif, de politiques publiques, d’écoute.
« On a profité pour mettre en valeur les martyres femmes esclaves qui ont souffert dans leurs chaires pour notre liberté. On s’est aussi inspiré de Germaine De Staël, une grande dame romancière, qui a longtemps combattu tout ce qui était soutenu par Napoléon et ses Apôtres contre les noirs. C’était aussi une occasion de valoriser des femmes noires en Amérique, en Afrique, en Guyane, aux Antilles, qui se sont également battues pour la libre-expression des peuples noirs et la fin de l’esclavage ». Stéphane Tchonang justifie ainsi la pièce.

Quand les cultures se rencontrent et s’apprennent
« Djabama Land » aborde par ailleurs, sans manichéisme, les différences culturelles. Le spectacle ose parler de ce qui divise parfois, à savoir religions, traditions, rôles genrés, mais aussi ce qui relie, comme la musique, la cuisine, la solidarité…

Musique traditionnelle africaine, scénographie épurée et jeux d’ombres complètent le spectacle qui ne cherche ni à culpabiliser, ni à simplifier, mais à faire entendre des voix souvent marginalisées. « Djabama Land » invite le spectateur à dépasser les frontières physiques et mentales, à comprendre la migration non seulement comme un phénomène humain, mais aussi comme un enjeu culturel et politique majeur.
La prochaine présentation est prévue pour le 13 Septembre 2025, toujours à Yaoundé.
Marie Judith Ndongo











