Dans le contexte actuel de décentralisation et de quête d’autonomie économique, les collectivités territoriales décentralisées se retrouvent au cœur du développement local. Mais comment dynamiser une économie de proximité avec peu de moyens, tout en répondant aux enjeux de sécurité alimentaire, d’emploi et d’environnement ? La réponse pourrait bien venir d’un acteur inattendu : l’asticot
Loin des clichés, l’asticot est aujourd’hui au centre d’une filière émergente, connue sous le nom de l’Entomoculture. Il s’agit d’un modèle agricole innovant qui permet de :
- Produire des protéines animales alternatives (pour volailles, poissons, porcs) ;
- Valoriser les déchets organiques locaux ;
- Générer des revenus pour les jeunes, les femmes et les groupements.
Pour les collectivités locales, la production d’asticots représente une triple opportunité économique, environnementale et sociale.

Un levier de création d’emplois ruraux et urbains
Avec un investissement initial modéré, les CTD peuvent appuyer la création de mini-unités d’élevage d’asticots au sein des villages ou quartiers urbains. Ces unités génèrent des emplois locaux, favorisent l’emploi jeune et redonnent de la valeur à des activités souvent marginalisées comme le ramassage des déchets organiques ou la transformation des protéines animales.
Plusieurs collectivités d’Afrique de l’Ouest par exemple ont déjà intégré des projets d’Entomoculture dans leurs plans communaux de développement avec des résultats probants, notamment la réduction de l’exode rural, l’autonomisation des femmes, l’alimentation animale à bas coût pour les éleveurs locaux.
Une gestion écologique des déchets à l’échelle locale
L’un des grands défis des collectivités est la gestion des déchets biodégradables, qui s’accumulent dans les marchés, les abattoirs, les cantines scolaires ou les ménages. Or, les asticots se nourrissent précisément de ces déchets. Intégrer l’élevage des larves dans une politique de gestion décentralisée des ordures ménagères permet de réduire les volumes de déchets, de produire de la biomasse larvaire, de générer du compost local pour l’agriculture. C’est en fait un modèle économique circulaire et durable, parfaitement adapté aux territoires à faibles ressources.
Un levier économique pour les budgets communaux
En soutenant l’Entomoculture, les CTD peuvent :
- Créer des chaines de valeur locales autour de l’élevage d’asticots (production, transformation, distribution) ;
- Encaisser des redevances sur l’usage des déchets publics valorisés ;
- Booster les revenus fiscaux grâce aux petites entreprises qui émergent.
Mieux encore, ces projets peuvent être adossés à des partenariats avec des ONG, des bailleurs de fonds au des startups spécialisées, qui appuient les CTD en formation, équipement et accompagnement technique.
Il est donc temps pour les communes de reconnaitre l’Entomoculture comme une filière stratégique dans les documents de planification, ou des projets d’économie circulaire.

En soutenant la formation, l’installation et la commercialisation des produits issus des asticots, les collectivités se positionnent comme actrices de la transition écologique et de la résilience économique.
Ce qui semblait au départ un simple insecte nuisible s’impose aujourd’hui comme un outil puissant de développement durable, capable de transformer des déchets en richesses, des jeunes sans emploi en entrepreneurs, et des communes fragiles en territoires résilients.
Modeste par sa taille, l’asticot devient un grand levier de transformation pour les collectivités locales du Cameroun. Encore faut-il lui faire confiance.
Marie Judith Ndongo











