Au carrefour dit « Yopougon » à Manguiers dans l’arrondissement de Yaoundé 1er, une fresque murale impose le silence et le respect. Réalisée par le jeune artiste peintre Rold Ndzomo, l’œuvre porte les noms des jeunes disparus des blocs 20 et 22. Pensé par les jeunes de ces deux blocs, cet hommage transforme un simple mur urbain en un espace de mémoire, d’expression et de transformation
Jeune artiste peintre au regard sensible, Rold Ndzomo s’est vu confier une mission lourde de sens : matérialiser la douleur, les souvenirs et l’attachement d’une jeunesse à ses frères disparus. A Manguiers, son message dépasse l’esthétique pour devenir un acte citoyen, un témoignage visuel au service du collectif.
« Le clin d’œil vis-vis des jeunes disparus de Manguiers est une forme de reconnaissance et surtout, il est question qu’ils sachent qu’on ne les oublie pas », souligne l’artiste.
Rold n’est pas seul. A ses côtés Franck Egoume, résident du quartier, artiste peintre également. Le jeune homme dit avoir le cœur serré lorsqu’il balade le pinceau sur le mur.
« Pendant cette phase où j’appliquais la peinture, je ressentais un lourd poids dans mon cœur, des larmes qui coulaient. J’avais des pensées inoubliables de nos moments de joie et de tristesse, des journées que nous avons passées ensemble et qui restent gravées dans mon cœur », confie-t-il.

Du croquis au mur : un processus créatif chargé d’émotion
Avant les bombes de peinture et de pinceau, il y’a eu les croquis. Rold Ndzomo raconte la réflexion relative à la composition, l’équilibre entre les noms, les formes et les symboles. Chaque trait a été pensé pour respecter la mémoire des disparus et l’émotion des proches.
« Avant chaque réalisation d’une œuvre il y’a beaucoup de paramètres qui entrent en compte, notamment le quartier où sera réalisée l’œuvre, l’histoire de ce quartier et son quotidien. Je ne suis pas de ce quartier, mais à travers les visites que j’y effectue de temps à autre, j’ai reçu des informations qui ont facilité la réalisation de l’œuvre », souligne-t-il.

Des couleurs qui parlent
Le choix des couleurs n’est pas anodin. Deuil, gravité, silence, paix et continuité de la vie. Le noir, le bleu et le jaune créent une atmosphère à la fois sobre et profonde, invitant à la contemplation.

L’écriture hardcore, marquée et assumée, donne du poids aux noms inscrits sur le mur. Autour, de petites silhouettes intégrées au graphe viennent représenter les jeunes disparus : des formes simplifiées, presque anonymes, pour rappeler à la fois leur présence passée et leur absence actuelle.
« La fresque a été réalisée à un endroit précis, un petit carrefour appelé Yopougon d’où tout est né. On a juste écrit sur le mur ces noms, mais avec un style d’écriture hardcore avec de petites silhouettes sur le graphe, qui symbolise la joie de vivre des jeunes de ce quartier. La poignée de main symbolise l’unité, le vivre ensemble manifeste ici. Sur la fresque j’ai utilisé le noir comme couleur de base parce que cette couleur nous symbolise. La couleur bleue quant à elle illustre la paix, la sérénité, la sagesse, la stabilité, la confiance. Le jaune représente la première source d’énergie, la lumière et l’optimisme », explique Rold.


Yopougon, un carrefour devenu lieu de recueillement
Situé à un carrefour stratégique baptisé « Yopougon », la fresque s’impose dans le quotidien des habitants. Elle transforme un espace de passage en lieu de mémoire, où l’on s’arrête, où l’on lit, où l’on se souvient.
A Yopougon, les murs parlent désormais. En noir, bleu et jaune, entre formes, silhouettes et écritures fortes, la fresque réalisée par Rold Ndzomo, raconte des vies, des absences et une jeunesse qui refuse l’oubli.
Marie Judith Ndongo











